http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/07/03/01016-20170703ARTFIG0…
Par Jean-Marc Leclerc et Edouard de Mareschal Mis à jour le 03/07/2017 à 18h37 | Publié le 03/07/2017 à 18h32
INTERVIEW – En exclusivité pour Le Figaro, Dimitris Avramopoulos, commissaire européen en charge des migrations et des affaires intérieures, livre son analyse de la crise migratoire en Méditerranée.
La pression migratoire en Italie fait réagir Bruxelles. Commissaire européen en charge des migrations et des affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, ancien maire d’Athènes et ex-ministre de la Défense en Grèce, a participé, dimanche dernier, à une réunion de crise des ministres de l’Intérieur italien, français et allemand à Paris.
LE FIGARO.- L’Italie menace de fermer ses ports face à l’afflux de migrants. Que faites-vous?
Dimitris AVRAMOPOULOS.- Aujourd’hui, l’Italie se trouve dans une situation délicate et nous allons l’aider. Nous le faisons déjà politiquement, financièrement, matériellement. Nous avons obtenu des résultats mais nous devons redoubler nos efforts pour réduire significativement les flux. Notre coopération avec Ankara, par exemple, a permis de fermer la route migratoire entre la Turquie et la Grèce. Nous avons besoin de la solidarité de tous les États membres de l’Union envers les Italiens.
Est-ce le sens de la réunion dimanche dernier à Paris?
Oui, nous nous sommes réunis pour affirmer notre soutien à l’Italie et réitérer notre volonté de trouver des solutions européennes. Nous nous sommes mis d’accord sur quatre points principaux: préparer un code de conduite pour les ONG, renforcer la capacité de la Libye à contrôler ses frontières maritimes et terrestres ; rendre plus efficace notre politique de retour des migrants irréguliers et accélérer la mise en œuvre des relocalisations. Ces mesures vont être discutées avec les 28 ministres de l’Intérieur à Tallinn, ce jeudi.
La France doit-elle ouvrir ses ports aux bateaux de migrants?
Notre priorité est de travailler en amont pour réduire les flux vers l’Italie et éviter des tragédies en Méditerranée. Il est clair que nous ne pouvons pas laisser l’Italie seule. La situation telle qu’elle est maintenant n’est plus soutenable. La réunion à Tallinn devra apporter des réponses concrètes.
En accompagnant les boat people depuis les côtes libyennes, l’Europe n’entretient-elle pas un appel d’air?
Vous touchez un point très sensible. Il est vrai que la Libye est devenue un paradis pour les passeurs. Il est difficile d’y trouver un interlocuteur. Il est important de stabiliser ce pays. Pour sauver des vies et lutter contre les passeurs, nous avons déjà déployé l’opération maritime «Sofia» et «Triton». Nous supportons les garde-côtes libyens et renforçons notre coopération avec les pays qui entourent la Libye.
S’agit-il surtout d’une migration économique?
Oui et cela rend la situation italienne encore plus complexe, parce que la plupart de ces personnes déposent des demandes d’asile. Les centres d’accueil et d’orientation, baptisés «hotspots», sont saturés. Il faut en ouvrir plus. Toutes les personnes qui n’ont pas besoin de la protection internationale doivent retourner dans leur pays le plus vite possible, dans des conditions humaines. Nous les assisterons pour cela, comme nous l’avons toujours fait.
La France, de son côté, en fait-elle suffisamment?
La France s’est montrée très responsable depuis le début. Elle est elle-même sous pression, à Calais notamment. Mais elle peut s’engager davantage. Par exemple, pour la contribution financière au fond fiduciaire pour l’Afrique, Rome a débloqué 4 millions d’euros, l’Allemagne 50 millions d’euros et la France 3 millions d’euros seulement. Ce montant est trop faible.
Le règlement de Dublin fait peser toute la charge migratoire sur les pays frontaliers de l’Union européenne
Faut-il revoir le règlement de Dublin qui place l’Italie ou la Grèce dans une situation délicate?
Le règlement de Dublin a été conçu dans un contexte différent de celui d’aujourd’hui. Il prévoit que les candidats à l’asile ne peuvent faire leur demande que dans le premier pays par lequel ils sont entrés en Europe. C’est un système injuste qui fait peser toute la charge migratoire sur les pays frontaliers de l’Union européenne. Maintenant, il faut que tous les pays prennent leur part.
Mais quels pays ne jouent pas le jeu?
La Hongrie, la Pologne et la République tchèque n’acceptent pas du tout de coopérer en matière de relocalisation des migrants. Nous avons déjà lancé contre eux une procédure d’infraction, qui peut aller jusqu’à la saisine de la Cour de justice européenne. Cela ne me rend pas heureux, mais nous devons être justes à l’égard des autres pays qui remplissent leurs obligations.
En France, neuf migrants sur dix ne repartiront pas. L’Europe ne gagnerait-elle pas en crédibilité si elle aidait à raccompagner plus efficacement les déboutés du droit d’asile?
Oui, bien sûr, le retour vers les pays d’origine est un aspect indispensable d’une politique migratoire globale. Les pays européens doivent collectivement augmenter les retours car trop peu de migrants sont rapatriés. L’Union européenne soutient les opérations de retour dans tous les États membres.
Mais à quelle hauteur exactement? Avez-vous une idée du nombre de vols groupés déjà effectués?
Depuis le début de l’année, l’agence européenne des garde-frontières et des garde-côtes a organisé 168 vols conjoints et a supporté le retour de plus de 7886 migrants. Notre plus grand défi pour augmenter le nombre de retours est d’obtenir la coopération des pays d’origine afin qu’ils réadmettent leurs nationaux. Nous faisons face à un manque de volonté politique des pays d’origine qui compliquent grandement notre tâche.
En novembre prochain, la France ne bénéficiera plus de la dérogation lui permettant de rétablir les contrôles systématiques aux frontières. Quelles seront alors ses marges de manœuvre pour limiter les arrivées de migrants illégaux sur son territoire?
Ma position sur l’espace Schengen est simple: il faut impérativement préserver la libre circulation tout en garantissant un haut degré de sécurité aux citoyens européens. Mais cela ne peut se faire qu’en renforçant nos frontières européennes communes. Sur ce point, l’Europe a déjà fait beaucoup. Nous poursuivons le déploiement des garde-frontières européens. Par ailleurs, le Parlement et le Conseil se sont mis d’accord sur la création d’un système d’entrée et de sortie qui permettra l’enregistrement des entrées et des sorties des ressortissants de pays tiers.
Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 04/07/2017.

